Résumé historique

Préhistoire

 

Dès la préhistoire, une population s’installe à Chabrillan, des fosses et des silex ont été retrouvés ainsi que plusieurs haches polies.

Elles révèlent l’existence d’habitats vieux de 4 300 ans, datant du début de l’âge des métaux.

Antiquité

Pour la période antique, de nombreux vestiges gallo-romains (tuiles, céramiques,monnaies, objets) jonchent le sol en plusieurs endroits de la commune.
La fouille du site de Saint-Martin1 a permis de mettre en évidence un lieu d’habitation gallo-romaine qui a évolué sur six siècles dont une villa installée dès le IIe siècle. Une autre a été également reconnue au quartier du Mas.
Sur ces sites de plaine, peut-être premières paroisses, des sanctuaires chrétiens apparaissent, plus particulièrement sur Saint-Martin et Saint-Pierre. Ce dernier de construction romane, réutilisant des éléments antiques dans son architecture, deviendra l’église mère de la paroisse

Moyen Age
Abandonnant ces lieux, vers le Xe ou XIe siècle, sous l’impulsion des premiers seigneurs, les Chabrillanais se regroupent sur la Motte et construisent un premier habitat fortifié. A cette époque, dans les pays méditerranéens, les premières tours à un étage sont construites en bois, édifiées au sommet d’une motte ou sur la roche. Les enceintes sont de simples palissades de bois. Ces premières forteresses sont à l’origine des refuges collectifs, que l’on transforme peu à peu en structures de défense et de gouvernement. Bien plus tard, l’apparition du donjon en pierre «le Fort de la Motte» se situe vers le XIIe siècle. Il est cité pour la première fois dans les textes en 1345 sous le nom de «Castrum de Caprillano». L’église suivra peu après. Autour de ces deux édifices, s’est installé le village médiéval.
Vers le XIVe siècle, l’insécurité croissante pousse la population à réclamer la construction d’une enceinte villagoise. Des remparts en pierre sont élevés, afin de protéger tant des invasions que des épidémies. Pour pénétrer dans le village, on ajoute trois portes dans le mur : au midi la porte du Bayard, au levant la porte Notre-Dame et à la bise la porte Aurouze. Le village est divisé en quartiers ou places : Le Bayard, place de la plaine, de la Motte, de la Mourére, de San Julio…
Le Moyen Age, n’est pas une période tranquille ; à tout moment, les seigneurs se font la guerre au moindre prétexte. Les premières guerres de religion font aussi leur apparition.Le village de Chabrillan est détruit en 1216, dans la guerre contre les Albigeois. En 1337, il est pillé et incendié par des bandes de brigands, débris des grandes compagnies. Il est également ruiné par le passage fréquent des troupes qui se rendent aux guerres d’Italie et qui doivent, ainsi que leurs chevaux, être hébergés et nourris par une population aux ressources déjà bien modestes. Enfin, touché par la guerre des Episcopaux1, qui dure pendant plus de 150 ans, le village dépérit. Cette guerre provoque dans toute la région de terribles répercussions : massacre des populations, destruction des récoltes, famine, et sa succession d’épidémies comme la fameuse peste de 1348. Elle fera des ravages énormes et décimera le tiers des habitants de Chabrillan.

Les franchises
Très tôt dans le temps, les Chabrillanais ont formé une communauté. Une fois celle-ci constituée, ils peuvent se défendre contre les exigences de leur seigneur, et en obtenir des franchises. Cette communauté est représentée par des consuls ou syndics élus à la fin de chaque année. Après leur installation, on leur délivre les clés du village signifiant leur pouvoir public au nom des habitants. Ils peuvent ainsi passer des accords, intenter des procès, gérer les affaires municipales courantes, comme notamment l’utilisation des bien communaux et la garde des remparts. Dès 1317, ils obtiennent une décharge de certains impôts. En 1353, ils sont exemptés de toutes corvées personnelles et réelles et une charte de franchise, composée de 32 articles, leur est accordée, par les Comtes de Poitiers, leurs seigneurs suzerains en 1370.

 
Extrait des franchises chabrillanaises

Article 1 : Que les hommes dudit Chabrillan ne sont point tenus à leur seigneur à lui faire hommage de servitude rustrale, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas taillables à volonté ; ils ne sont point tenus à marier les filles dudit seigneur, ni à monter (1 ) pour aller en guerre à Jerusalem.
Article 2 : Les hommes dudit Chabrillan ne sont point tenus à leur seigneur à lui tenir lits en leur maison, ni chevaux, ni autres bêtes, sinon que ce soit de leur propre volonté.
Article 21 : Tout homme dudit Chabrillan peut marier sa fille ou ses filles, s’il en a, sans la licence du seigneur.
Article 22 : Tout homme et habitant de Chabrillan peut chasser à toutes chasses, en payant du sanglier, la tête ; du cerf ou de la biche, l’épaule ; et de l’ours, la patte.
Article 23 : Tout homme ou habitant de Chabrillan peut aller demeurer autre part, là où il lui plaira, sans la licence dudit seigneur de Chabrillan.
Article 29 : Que tous les habitants dudit lieu de «Chabrilla» peuvent s’assembler une fois l’an pour élire leurs consuls.
1 - Monter : payer l’équipement

Les guerres de religion
Elles provoquent des massacres dans la vallée de la Drôme. Des troupes de catholiques et de protestants passent et repassent, semant partout la ruine et la mort. Chabrillan n’est pas épargné : le 25 février 1574, un habitant de Chabrillan, est mis à mort à Allex avec cinq autres personnes par des protestants qui ont juré de tuer tous ceux qui se trouveraient à la messe ce jour-là. En mai 1574, Montbrun, chef des protestants, s’empare du château de Grâne. La plupart des habitants catholiques peuvent cependant fuir et se réfugient chez «la Dame de Chabrillan», Madame de Moreton.
Très offensé par la perte de Grâne, Henri III charge François de Bourbon, duc de Montpensier de venger l’affront. Celui ci arrive avec une armée de 7 000 hommes : Suisses, Italiens, Piemontais, Allemands, de véritables mercenaires vivant surtout de pillages. Le duc confie cette armée au maréchal de Bellegarde qui installe son quartier général à Chabrillan. Grâne résiste contre cet assaut, mais au bout de cinq jours les catholiques pénètrent dans la place et commettent «des choses si barbares que le Turc serait marri d’en faire de semblables sur les chrétiens» (1).
Les jours suivants, les combats continuent dans toute la vallée de la Drôme et les guerres de religion ne s’achèvent qu’avec Henri IV et l’Edit de Nantes de 1598. A la suite de ces événements, le duc de Mayenne en 1581 condamne les forts des Protestants à être démantelés. La place de Chabrillan est épargnée grâce à son attachement au parti catholique, mais la commune est ruinée. Il faudra du temps à la communauté pour réparer tous ces sinistres : pillages, incendies, massacres, destructions de bâtiments dont les remparts et l’église Saint- Julien brûlée en 1592. Ajoutez à cela la peste en 1628 qui tue de nombreux villageois
1 - R. Serre, Grâne, histoire d’un village du Val de Drôme, tome I, p. 56 et 57

Délibérations consulaires vers 1600  
Au cours de ces périodes troubles, la vie continue dans le village. Les habitants et les consuls maintiennent leurs efforts pour s’occuper des problèmes de la communauté. Par convocation sur la place publique, devant le châtelain représentant du seigneur, ils se retrouvent plusieurs fois dans l’année :
Le 29 juillet 1602 «de la défense faite par le seigneur et son châtelain à la demande du consul de prendre des fruits, de laisser courir les chiens sans crocs dans les vignes, de couper du bois vif ou mort, à peine d’amendes».
Le 11 mars 1618 «des réparations faites contre la Drôme par des habitants d’Eurre».
Le 29 septembre 1622 «du paiement des soldats qu’il a fallu armer et instruire».
Le 10 juin 1629 «garde du lieu à cause de la peste».
Le 11 juillet 1630 «accommodement avec Autichamp au sujet des dépenses militaires».
Le 16 décembre 1630 «surveillance par deux gardes d’un habitant de Crest venu de son autorité privée dans la grange de la Boutonne avec sa famille et son bétail».
Le 13 janvier 1631 «mise en liberté de l’homme de Crest après une quarantaine de 32 jours» (personne soupçonnée d’être atteinte de la peste).
Le 3 août 1631 une ordonnance de police est prise :
«De part Monsieur de Chabrillan et du Commandant de justice, à la requête du Procureur d’office du dit lieu est fait inhibition et défense à tous et à chacun, aux manants et habitants dudit lieu et son mandement de quelle qualité et condition qu’il soit :
1 - De ne jurer, renier, injurier ni blasphémer le saint nom de Dieu, de la vierge Marie, des saints et saintes du paradis en quelque façon ni manière que ce soit, à peine de dix livres d’amende.
2 - De ne jurer ni par la mort ni par la tête et autres semblables paroles effroyables et odieuses, sous les dites peines ; plus aussi est défendu de ne s’injurier les uns les autres de paroles ni de fait, sous les dites peines.
3 - Est inhibé et défendu à tous hommes de quelles conditions qu’ils soient, soit hommes mariés et autres que ce soit de ne porter aucune arme, soit de jour ou de nuit par lesquelles on puisse offenser l’un l’autre comme sont épées, arquebuses, pistolets, mousquets, bâtons et autres, sous les dites peines.
4 - De n’aller la nuit par les rues passées les neuf heures de nuit portant aucune arme, bâton ni autres choses à peine de saisie en faveur de justice.
5 - De ne vendre aucun pain ni vin, ni laisser jouer en aucun jeu dans leur logis pendant que l’office divin se dira, est aussi expressément défendu à tous de quelle condition qu’ils soient de ne jouer, faire farces, danser, ni aucun exercice pendant l’office divin…».
Ces articles nous donnent une image vivante des Chabrillanais : souvent indisciplinés et experts dans l’art du langage

La Révolution
En 1790, Chabrillan devient chef-lieu de canton qui comprend les communes de Grâne, Divajeu, la Roche-sur-Grâne et Autichamp. Une partie des Chabrillanais s’investit dans ce changement avec à leur tête le curé Clairefond qui a signé le serment civique. Celui-ci joue un rôle important au niveau du canton, il est nommé commissaire du district. Un arbre de la liberté est planté, non sans problèmes ; quelques temps plus tard, on retrouve dans un écrit «l’arbre de la liberté qui n’était point vivace a été scié pendant la nuit». Une société populaire est créée en 1793 et les Chabrillanais participent aux premières fédérations organisées dans notre région. A la vente des biens nationaux, les domaines du clergé de Chabrillan et des Moreton (qui ont émigré) sont vendus aux habitants

L’ère napoléonienne
En 1800 Napoléon Bonaparte parvient au pouvoir, et se lance dans des guerres interminables. Les Chabrillanais partent le rejoindre pour grossir les rangs de ses armées. En 1813-1814, on appelle les jeunes dès leurs 18 ans et on remonte à 10 classes en arrière pour prendre les hommes de 30 ans qui restent. N. Faure écrit : «on ne voyait dans la commune que des jeunes garçons ou des vieillards, car depuis longtemps on levait des classes entières et l’on retenait sous les drapeaux ceux qui avaient fini leur service». Cette période entraine la mort de nombreux conscrits dans la commune et engendre un cycle de misères. En l’an VIII, Chabrillan redevient simple commune

Le coup d’Etat de 1851

En 1848, la IIe République est proclamée et en décembre 1848, Louis-Napoléon est élu président pour quatre ans. Le 6 décembre 1851, il provoque un coup d’Etat. A Chabrillan, de nombreux républicains se soulèvent et s’arment.
Avec les insurgés de Grâne, ils partent sur Crest. Malheureusement, la troupe est là, elle tire et tue plusieurs personnes, le soulèvement échoue. Les Chabrillanais subissent comme beaucoup d’autres une terrible répression. En attendant leur condamnation, ils sont emprisonnés à la tour de Crest. On y note les noms de Jacques Pinet, Louis Guibert, Pierre Liotard, Jean-Louis Evêque, Joseph Jardin, Pierre Grasset, Antoine Guéribe, Louis Berthon, Barthélemy Roux, Louis Soulier, Baptiste Boyer dit Bouvier, Louis Bertot, François Faure, dit Brigadier…